Et bien non, vous ne rêvez pas. C'est bien le retour de Pyrox; et de ce qu'il y a dans sa tête. Et pour bien recommencer, et commencer 2009, la chronique d'un film qui m'a beaucoup touché.
Les Noces Rebelles, c'est l'ennui d'un couple américain des années 50. C'est April et Franck Wheeler. Il est employé dans une
boîte qui vend on ne sait trop quoi, elle est femme au foyer. c'est le parfait couple : une maison, une voiture et 2 enfants. Seulement, ils s'étaient promis de ne pas tomber dans la routine
métro-boulot-dodo, prisonniers de leurs habitudes : tous les matins, M. Wheeler prend le train en compagnie d''une vague d'autres employés habillés et accoutrés de la même façon que lui, pour
aller s'assoir dans son box, au milieu de collègues aussi ennuyeux que son travail. Et tous les matins, Mme Wheeler s'occupe de la maison. Alors, le mari s'ennuie et s'accorde une aventure, pour,
selon ses propres dires, se sentir à nouveau un homme. Alors, la femme se morfond dans son costume de parfaite ménagère que jamais elle n'avait voulu tenir. Ils avaient rêvé de lyrisme, de
romantisme, de théâtre. Ils avaient rêvé d'autre chose, et ces rêves là sont morts.
Mais les Noces Rebelles, c'est aussi un couple qui essaie de se sortir du vide que caractérise leur existence. « Si on partait à Paris? » suggère Madame à Monsieur, exhumant un vieux rêve de jeunesse. Elle subviendrait au besoin de la famille, pendant que son mari pourrait trouver ce pour quoi il est fait. Et l'illusion prend. Pendant quelques temps, le couple revit, dans l'illusion que tout va changer. Mais cela va être pour mieux se déchirer par la suite. Une trahison, et le film dérape, nouant le drame au gré d'un jeu d'acteurs assez formidable.
Ce film tourne autour de beaucoup de choses. C'est d'abord une chronique réussie de la société américaine des année 50. En trame de fond, derrière le déchirement du couple Wheeler, c'est l'ennui, le vide d'une société qu'on remet en question. Et le réalisateur Sam Mendes le fait d'abord visuellement : le trajet du mari Wheeler de la maison à son travail, noyé dans une masse de gens tous coiffé d'un chapeau, le journal et la sacoche à la main, illustre parfaitement cette société rivée dans des carcans et alourdie par les conventions. De même, on sent l'ennui rien qu'à la vue de la maison et de l'intérieur typique de la typique de banlieue américaine du couple.
Ce film se fait aussi chronique de la relation homme-femme. Le mari doit subvenir aux besoins du foyer, peu importe si le boulot est inintéressant et la femme doit tenir la maison. Dans cette Amérique là, la femme a peu voix au chapitre. Lorsque les Wheeler annoncent aux voisins que c'est Madame qui travaillera en France, leur réaction est éloquent : regard incrédule, bouche bée. Madame n'a pas non plus le droit de choisir ses grossesses. Ils ont eu leur premier enfant par erreur, et on été obligé d'acheter une maison. Ils ont fait le deuxième pour essayer de conforter leur choix, et la troisième grossesse va les empêcher de partir. Et quand la femme évoque le souhait de ne pas garder l'enfant, c'est que forcément elle n'aime pas ses enfants.
Enfin, le film évoque le courage et la trahison. Le courage, c'est celui de se rendre compte du vide pathétique de son existence. Se rendre compte qu'on a oublié se qu'on voulait être pour devenir ce qu'on nous impose d'être. C'est le personnage d'April. La trahison, c'est Franck. C'est laisser sa femme se débattre dans les normes d'une époque qu'elle n'accepte pas. C'est piétiner ses idéaux au profit d'une morne existence. Et c'est surtout la lâcheté d'accepter son sort et de précipiter ainsi
une issue funeste.
Enfin, les Noces Rebelles, c'est Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. Le duo est fantastique dans ce costume du couple déchiré. Ils donnent vraiment le meilleur d'eux-même, en particulier dans les scènes de ménages. La façon qu'ils ont de jouer la rage et la colère est d'une rare intensité.
Notons aussi la performance d'un troisième acteur, Mickael Shannon et son rôle du fou. A travers la maladie mentale; il reprend le rôle classique du fou/bouffon : pouvoir tout dire et à n'importe qui. Et de ce fait, c'est le personnage du film qui a les propos les plus censés sur la société qui l'entoure, et dont il est exclu. Il permet aussi une touche comique à certaines scènes, permettant ainsi de détendre l'atmosphère tendue de l'histoire.
Je crois bien avoir trouvé mon film de 2009. Mais bon. Janvier, c'est quand même tôt.
Les Noces Rebelles, de Sam Mendes, dans les salles en ce moment.
...ou A Bord Du Darjeeling Limited.
Ce film est très drôle. Autrement plus drôle, finalement que Bienvenue chez les Ch'tis par exemple. De cérémonies tribales, en train loupés, d'automédication en marchés autochtones pittoresques, d'une tonne de valises Louis Vuitton à une demi paire de mules, ce film est une ode à l'humour absurde. La palme a Adrian Brody qui trimbale tout le film les lunettes de vue de son défunt père. Nos trois pieds nickelés sont insupportables. Owen Wilson veut tout commander, Adrian Brody est gai comme un jour sans pain , et finalement le seul le cadet est le seul à peu près normal. Ils ne se supportent pas, et enchaînent les gaffes. Comme par exemple acheter un serpent venimeux et l'amener à bord. Ou encore coucher avec l'hôtesse et accessoirement compagne du steward. Ledit Stewart, qui bien que sosie du fakir de Tintin et les cigares du Pharaon, finira par éjecter les 3 touristes de son train. Et finalement, c'est paumé au milieu de la campagne indienne qu'ils vont trouver leur but. Leur route va croiser celle d'un village en deuil, et c'est là que la fameuse quête spirituelle va s'achever. Ils trouveront leur mère, aussi, mais poursuivront leur voyage au-delà, comme happé par ce pays qu'est l'Inde et ce qu'ils y on trouvé.
Si vous avez à cela des cameos jubilatoires (Bill Murray en mec pressé et Barbet Schroeder en mécano), et une BO somptueuse (mélange des Kinks, des Stones et de musique Bollywoodienne), avec Joe Dassin sur le générique, vous obtenez mon film préféré de ce début d'année.
A bord du Darjeeling Limited, un film de Wes Anderson, dans les salles en ce
moment
Comme il en existe pour les Grands Hommes auxquels la Patrie est reconnaissante, il existe chez moi (enfin dans ma tête, voire sur une étagère) le Panthéon du cinéma. Peu nombreux sont les films qui y figurent. Ils sont 6: l'Auberge Espagnole, Les Poupées Russes, Le Péril jeune, Le Coeur des Hommes, La Haine et Avril. Pour qu'un film ait le droit de figurer dans ce cercle restreint, il faut qu'il m'ait marqué. Pour les films cités, deux catégories. Ceux qui m'ont marqué par le message qu'ils véhiculent: La Haine, Avril. Dans la deuxième catégorie, ceux qui m'ont marqué car l'identification avec les personnages, leur histoire ou ce qu'elle évoque a été totale. Première remarque, que des films français (et de jeunes réalisateurs). Deuxièmement, 4 films suivent l'évolution de la vie: adolescence (Péril Jeune), vingtaine (l'Auberge Espagnole), trentaine (les Poupées Russes) et enfin quarantaine et cinquantaine (Le Coeur des Hommes): ce que j'aurais aimé être ou vivre, et ce que je aimerais être ou vivre.
Bref, comme vous ne l'avez pas encore deviné, le sujet de cet article est Le Coeur des Hommes (et je viens de décider qu'il y aurait un article pour chacun des autres films sus-cités).
Le Coeur des Hommes, donc. L'histoire: on suit les emmerdes, les délires, la vie de Jeff l'éditeur (Gérard Darmon), Manu le boucher
(Jean-Pierre Darroussin), Antoine le prof (Bernard Campan) et Alex éditeur aussi (Marc Lavoine), potes depuis 20 ans. Ces 4 là ont femmes et enfants, et tous se connaissent. Tous ont leurs
problèmes: Jeff ne parle plus à son ex-femme, le couple d'Antoine va partir en vrille, Alex fabrique à sa femme des cornes dont la longueur ne nous viendrait pas à l'idée et Manu est tout seul.
Le film raconte donc comment ces 4 là se tiennent les coudes, abordent les problèmes sentimentaux, déconnent, et font pas mal de merde ensemble aussi.
Je crois que ce film est un des films qui m'a le plus marqué. Cela tient au sujet d'abord. C'est un film de potes, et l'amitié est quelque chose de très fort pour moi. Ces 4 mecs qui se connaissent depuis 20 ans, qui vivent pratiquement ensemble, m'a renvoyé à ce que j'ai un peu connu à l'ENSIC et m'a surtout renvoyé à ce que j'aimerais devenir à leurs âges. Avoir un groupe de potes comme ils sont, où femmes et enfants se connaissent, ça doit être assez génial. Et de plus les interrogations des personnages ne sont jamais niaises, leurs déboires ont l'air authentique. On pourrait assez finalement se voir à leur place.
Deux autres choses ont fait que j'ai aimé le film: Paris dans un film, j'aime toujours. Et enfin, la musique. Pour qu'un film soit marquant, on doit en retenir la musique. Et Le Coeur des Hommes ne déroge pas. Le film s'ouvre sur I Stand By You des Pretenderss, pui un chorus de guitare électrique nous poursuit tout le film, et la musique additionnelle est très bonne : la Traviata, The Swinging Blues Jeans etc.
Pour mon plus grand bonheur le
réalisateur, Marc Esposito, a décidé de
fabriquer une suite à son premier film, suite qui s'appelle le Coeur des
Hommes 2. Je l'avoue, j'étais assez stressé avant que le noir ne se fasse dans la salle. Allait-on retrouver dans le deuxième opus tout ce qui avait fait le charme du premier? Comment faire pour
réaliser le même film mais pas tout à fait?? Et bien je n'ai pas été déçu. Marc Esposito fait tout pour rattacher sa suite au premier film: même musique d'ouverture pour commencer, et le même
chorus de guitare nous poursuit ensuite. Le casting est conservé: ce sont les mêmes acteurs (et surtout les seconds roles) qui reprennent leur rôle d'il y a 4 ans. Enfin l'histoire du deuxième
opus est ancré dans les mêmes lieux que le premier: la blanquette de Manu, son arrière-boutique, le loto-foot, le ricard au bistrot, le casino de Cabourg, la chambre d'hôtel d'Alex
etc.
Pour l'histoire, c'est simple : ce deuxième volet est clairement centré sur la démolition et la reconstruction de la ''cellule familiale''. De nombreux couples (dont celui d'Alex, ça lui pendait au nez) volent en éclat pendant les 2h du film, tant chez les vieux que chez les jeunes. Le questionnement est toujours très présent: le temps qui passe, la famille, l'amour éternel (qui n'existe pas d'ailleurs). Quant aux 4 il se serrent toujours les coudes, se fachent au loto-foot, et encaissent des baffes pour les potes.
Enfin, Paris est toujours présente, et pas mal de nuit, ce qui ne gache rien. Niveau musique, toujours rien à dire: Katie Melua, Scissors Sisters, Ayo...
Donc oui, le volume 2 m'a autant plu que le premier, même si parfois j'ai eu envie de claquer la gueule de certains personnages, celui de Marc Lavoine ou Daroussin par exemple. Encore une fois, les thèmes abordés ne le sont pas de manière niaise, on est toujours aussi touché. On rit beaucoup, les blagues sont assez grasses. Et d'ailleurs, pour finir, un échantillon:
Darmon: « - J'ai un projet, un truc que tout le monde pense que ça existe, mais qui n'existe pas, et que nous on va réaliser. je te donne un indice, ça pèse 4 kg.
Lavoine: - Bah c'est ma bite! »
Sur ce, je m'éclipse...
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