Il y eut un frangin revenu de Bohème. Il y eut un pommier qui tomba. Il y eut un pote dans mon canap'. Il y eut des moments inoubliables sous ledit pommier. Il y eut des ponts franchis. Il y eut mon île. Des bains de soleil. Il y eut des perruques roses. Des lunettes blanches. Il y eut des soirées disco. Il y eut une route dans les marais. Il y eut de la vodka polonaise. Il y eut des bains de soleil. Il y eu des humiliations terribles et des prises de têtes équivalentes. Il y eu mes potes. Tous mes potes. Il y eut des moments de plénitudes énormes. Des pains au chocolat à 6h du matin. Il y eu un cousin revenu de très loin. Il y eu une guitare pourrie. Il y eut des soirées mémorables et des petits-déjeuners au soleil. Il y eut mon île. Il y eut mon short de bain qui mourrut. Il y eu du skimboard et un peu de foot. Il y eut mon île.
That was the Summer of 09. And it's over. But it was fine.
Et comme rien ne passe sans musique :
« Vous croyez que j'ai que ça à faire? » Ca c'est notre mère qui gueule. Et pourquoi elle gueule? Parce qu'on est dimanche. Et parce qu'après dimanche, vient le lundi. Et que le lundi, c'est jour de ménage à l'étage (vous avez vu la rime??). Et que présentement nos deux chambres (à mon frère et moi) ressemblement plus à l'appart de Guic' ou à Gaza après le passage de Tsahal qu'à un espace près à être aspiré. Or comme cela fait à peu près 2 jours qu'elle nous dit de ranger notre chambre, elle commence à avoir les abeilles. Et pour mettre un peu plus la pression, notre père déclare que si dans 10 minutes un seul truc traîne sur le parquet, il le balance par le Vélux. Or donc, quel est l'objet de tant d'ire? De vieux bouts de plastique, tout simplement. Des Playmobil. Sur, sous le lit (avec le slip planqué), partout. Plein de Playmobil.
Là, les deux lecteurs qui me restent se demandent pourquoi un paragraphe dédié à ces bonzommes en
plastique (oui je suis au courant, je fais une faute). Tout simplement parce que leur inventeur, Hans
Beck, est mort. Et que du coup, c'est encore une partie de l'enfance qui se fait la malle. Les Playmobil ont meublé une grande partie de nos jeux de gosses. Cow-boys et Indiens,
coureurs automobiles, fermiers, chevaliers, châteaux forts, ces machins tout con en plastoc ont fait beaucoup fait pour notre imagination, notre sens de l'invention et notre éveil, surement
beaucoup beaucoup plus que les plaisirs informatiques et électroniques que nous avons découvert après. Et puis surtout, ce sont pleins de souvenirs géniaux d'histoires inventées, de bagarres liés
au rangement, et d'engueulades parentales. Un vrai bout d'enfance, en quelque sorte. Un bout d'enfance qui se barre (une deuxième fois, puisque les Playmobil sont dans les
cartons).
Alors voilà, c'est triste.
C'est fait. Il est parti hier. La tristesse de la chose ne m'avait pas vraiment frappé au moment même de son départ. En même temps, il est vrai qu'avec 1h30 de sommeil, j'avais vraiment la tête dans le brouillard et les yeux qui collent.
Mais voilà, la tristesse m'a rattrapé dans la soirée. En fait pas vraiment de la tristesse. Plutôt un espèce de sentiment mélancolique indéfinissable. L'impression d'un vide dans la tête. Car oui je ne le voyais pas tout le temps, mais il était toujours là quand même. Une discussion politique, une blague au téléphone ou une pizza. Je vous demande un peu : qui va m'apprendre l'économie pendant que je lui apprendrai le nucléaire? Un vide vous dis-je. Une boule dans le ventre, aussi. Comme après une rupture mal maîtrisé. Quelque chose de vraiment indéfinissable. Je me répète, mais ça l'est vraiment.
Il est loin. Pour longtemps. Et pour la première fois. Mon frère est parti un an en République Tchèque. Me laisser tout seul en France. Le salaud.
Mais il a de la chance la bière tchèque est bonne...
Ca y est.
Pieds nus sur du parquet, Dire Straits* dans les enceintes, et le prisme accroché au mur. Dans Lucky Luke, quand les fermiers ont fini de construire leur chez-eux, ils accrochent la petite pancarte Home Sweet Home au mur (juste avant que ces connes de vaches et ces cons de cow-boys défoncent tout). Pour ma part, c'est quand je peux accrocher tout et n'importe quoi aux murs que je me sens chez moi. Et donc, pour célébrer cette installation finale, ce poster mythique d'un album mythique d'un groupe mythique (en plus bien sûr, d'un cortège impressionnant de photos, dessins, tags et posters en tout genre).
Enfin installé, donc. mon premier appart en somme. Et c'est une impresson à difficile à décrire en fait.
Parce que tout d'abord, quand mes parents sont repartis, après avoir consacré deux jours au trimbalage du bordel accumulé depuis 2 décennies dans ma chambre, et que je me suis retrouvé tout seul, un stress bizarre m'a assailli. Celui des rentrées des classes. Celui d'avant l'entrée au collège et au lycée. Le stress que j'avais eu à la veille de ma rentrée en prépa et en école d'ingé, celui que me laissait l'appréhension de l'inconnu, une fois l'installation terminée. Comme si, finalement, ce nouvel appart signifiait un nouveau départ, à peine 3 mois après le nouveau départ en date. Très bizarre.
Mais surtout parce que le sentiment qui prédomine est l'excitation.L'excitation sincère d'être enfin installé. D'être enfin quelqu'un. D'avoir une vraie attache. Excitation sincère, ensuite, parce qu'installer un appart c'est toujours quelque chose de super intéressant. C'est une autre définition de soi, une personnalité extérieure. Quelque chose de défini par ce qu'on expose, ce qu'on affiche. Intéressant donc parce que cet appart est rempli de choses censées te définir pour une nouvelle période qui commence. Le vrai Moi est re-né. Tout ce je suis y est présent (plus un parapluie et un dvd), au contraire des apparts de la période étudiante. Et ça, c'est un sentiment incomparable. Après environ 7 mois d'intermittence de moi, coincé, pas vraiment installé, le vrai P est de retour. The Moon is back. Le sentiment de pouvoir à nouveau planifier plein de trucs, organiser tout ce que je veux faire et être. Construire à nouveau, en clair. J'ai un appart à remplir de souvenirs, pour mieux souffrir quand je m'en séparerai. Au boulot!
Sincèrement. Une fenêtre ouverte, Dire Straits** qui joue toujours, et une ville s'éclairant dans la nuit qui tombe de l'autre côté de la fenêtre ouverte... One thing only could be better...
PS : si un des lecteurs de ma maigre audience venait à trouver le pourquoi du comment du titre, il gagnera son poids en quelque chose de vachement cool...
* : Juste pour faire chier M. Thom s'il venait à passer par ici...
** : toujours pour M. Thom
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