L'important c'est pas la chute, c'est l'aterrissage...

Publié le par PieRRe


        Allez, c'est reparti comme en 14... Une étincelle en banlieu (ici Villiers-le-Bel), et c'est le prétexte à une flambée de violence. Remember 2005... Là encore, c'est la mort de deux jeunes qui a mis le feu au poudre. Là encore, on a voulu conclure l'enquête avant qu'elle ne soit finie, donnant l'impression que le tort est toujours du côté des jeunes. Là encore, on a brûlé force voitures, bibliothèques et commissariats de police. Ona aussi blessé une centaine de policiers, certains assez gravement. Cela, c'est assez nouveau : des armes à feu sont apparues dans les mains les jeunes. Je sais bien que ce ne sont que des policiers, mais ils n'ont pas signé que pour faire tirer dessus...

 

Maintenant, polémiquons... La responsabilité individuelle des callaisseurs de flics-incendieur de commissariat et de voitures est indéniable. Tirer à la grenaille et au plomb sur quelqu'un et à plus forte raison un policier, ça n'arrangera certainement pas le problèmes des cités. De même, incendier la voiture du voisin, les écoles et les bibliothèques, c'est profondément couillon. Le summum de la sombre connerie reste quand même le caillassage des pompiers. Cependant fermer les yeux sur ce que ça montre serait tout aussi coupable. Certains jeunes ont la rage, et qu'ils n'ont que ce moyen pour l'exprimer. Pourquoi la rage? Les problèmes de ces banlieues ne sont pas neufs. Il y a 20 ans les chanteurs se faisaient déjà l'écho des problèmes de la deuxième génération d'immigrés:

 

Renaud, deuxième génération (1983):

 

J'ai même pas d' thune pour m' payer l'herbe
Alors j' me défonce avec c' que j' peux

Le triclo, la colle à rustine
C'est vrai qu' des fois, ça fout la gerbe
Mais pour le prix, c'est c' qu'on fait d' mieux
Et puis ça nettoie les narines

 

J'ai rien à gagner rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d' merde
J'aime c' qu'est cassé c'est détruit
J'aime surtout tout c' qu'y vous fait peur
La douleur et la nuit

Des fois j' me dis qu'à trois milles bornes


De ma cité y'a un pays
Que j' connaîtrai sûrement jamais
Que p' t-être c'est mieux qu' p't-être c'est tant pis
Qu' là-bas aussi j' serai étranger
Qu' là-bas non plus je serai personne

Francis Cabrel, Saïd et Mohammed, (1983) :

 

Ces enfants qui font rien à l'école,
Et qui ont les poches pleines de tubes de colle,
Et de toute façon personne ne t'aide,
Quand tu t'appelles Saïd ou Mohamed.

 

C'est le ciel en tôle ondulée pour toujours,
C'est la fenêtre sur la troisième cour,
C'est le cri des voisines plein les oreilles,
Et les heures de mauvais sommeil.
Mais s'il y a quelqu'un autour qui comprend
Le mauvais français, le musulman,

Sous la course des planètes,
Ça serait bien qu'il s'inquiète
Avant que ses paupières n'explosent,
Qu'elles prennent ce gris en overdose.

 

Malgré l'arrivée de la gauche, la situation ne s'améliore pas dans les banlieues. Le film La Haine, sorti en 1993, présente une vision assez noire de la banlieue. Il montre l'ennui général qui règne dans ces quartiers, où il n'y a strictement rien à faire, il met en avant les problèmes flics-jeunes. Le début de ce film est d'ailleurs assez effarant de réalisme lorsqu'on le voit à travers le prisme des émeutes de 2005 : une bavure de policiers, un jeune tué, la banlieue qui s'embrase, voitures cassées, locaux incendiés. En 2000, c'est le rappeur Passi qui se fait la voix du climat peu apaisé des banlieues, dans le morceau Emeute :

 

Dans la rue l'humeur est sale " C'est rien c'est rien "
De la rue monte les rumeurs " Ca va pas bien loin "
Si les casques bleus caltent " C'est rien c'est rien "
Si c'est chaud sur l'asphalte " c'est rien c'est rien "
On passe tes barricades, on pète tes barrières
On a la barre on déraisonne et on ne craint plus personne
Toi t'appelles les renforts, la rage nous rend fort
Sonne ta retraite c'est ton heure qui sonne
Insensible aux propagandes des mecs qui glandent
Ceux-ci bandent hélas et veulent tout péter en bande
Comme dans un James Bond ou un Banderas
Là t'as pas de télécommande donc on te nique ta " Shut... "
En force on fout le désordre " C'est rien c'est rien "
Pour toi on a une corde " C'est rien c'est rien "
Tu nous verras à l'antenne déraciner ton chêne
On va changer les programmes sur ta 1ère chaîne

Si ça pue et qu'ils le sentent " C'est rien c'est rien "
Si la tension est oppressante " Ca va pas bien loin "
Si y a plus de respect plus de cadet plus de gradé
Et que de tous vos conseils on en a rien à péter
On va tout dégrader la banque va sauter la boulangerie d'à côté
On fout le feu chez le voisin histoire de se venger
S'il y a des vitres cassées " C'est rien c'est rien "
Si on vient tout piller " Ca va pas bien loin "
Et si le Maire s'est sauvé " C'est rien c'est rien "
Et même s'il y a l'armée, " C'est rien c'est rien "
S'il y a des jets de pavés, des comas, des hématomes et des blessés
Des décès, si ton pays est stressé
S'il y a le feu au village s'il y a le feu dans la ville
Si tu vois saigner les civils, si ça tire dans l'entourage
C'est juste une nuit d'émeutes où le diable jubile
Deux jours aux infos, après on est tranquille

Là encore, le parallèle avec les émeutes de 2005 est assez saisissant. 

 

Si la responsabilité des casseurs ne peut être niée, l'état doit assurer sa part de responsabilité, dans le sens où il est en partie responsable de la rage qui habite la population des cités : les problèmes sont connus et dénoncés depuis plus de 20 ans et pourtant, on a l'impression que rien n'avance. Mais la droite n'est pas la seule à blamer. Quoique... La police de proximité mise en place par la gouvernement Jospin a été supprimée par le Sarkozy ministre de l'Intérieur au prétexe que ces résultats n'étaient pas assez probant. Le même ministre qui envoie le préfet de police deToulouse dans une voie de garage parce que les policiers organisaient des parties de foot avec les jeunes du Mirail au lieu de faire du chiffre.

 

En 2005 quelles étaient les problèmes dénoncés par les collectifs tel AC le feu : chomage des jeunes, désengagement de l'état, problèmes avec la Police. Et depuis, rien n'a changé (en même temps, c'est normal, ce sont les mêmes personnes qui gouvernent). L'état est le seul responsable de cet immobilisme. Il donne l'impression d'abandonner ces territoires, d'en faire des ghettos économiques. Son action est lente voire inexistante.Le climat entre jeunes et policiers ne s'est pas amélioré : les jeunes sont toujours contrôlés 10 fois par jour. On a l'impression que l'état n'est présent dans les cités que pour la répression. Les aides promises en 2006 se font toujours attendre, les liaisons entre Paris et la banlieue ne se sont pas améliorées et la méfiance à l'égart de l'état s'est donc accrue : les banlieues restent des enclaves plus ou moins isolées. Les rumeurs circulent et alimentent le climat de défiance.. Il y enfin le problème de la misère sociale qui règne dans certaines de ces banlieues. Prenons Villiers-le-Bel par exemple : 65% de la population a moins de 25 ans, et le taux de chomage est de 20%, le double de la moyenne nationale. Dans ces quartiers, 39.5% des jeunes actifs sont au chomages, contre 20% dans le reste de la population française. La discrimination à l'égard des habitants est encore trop présente : la banlieue c'est forcement l'insécurité, la violence et la délinquance. Et malheureusement les élus locaux sont assez impuissants : certaines commune de la banlieue parisienne sont parmi les plus pauvres de France. Pas d'instrustries implantées sur la commune, c'est donc pas de revenu pour la mairie, donc pas d'amélioration des conditions de vie. Et augmenter les impots n'est pas possible.

Un des aspects saississant de ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel est l'incendie de l'école et de la bibliothèque. Cela prouve que l'école a manqué son objectif. L'école devrait être l'endroit qui permet au jeunes de sortir de leur condition. Mais ils ne la voient plus comme un lieu d'intégration mais comme un endroit qui leur rappelle encore plus leurs échecs, et là d'où ils viennent. Là encore, l'Etat a échoué dans son oeuvre d'intégration. Et je ne crois pas beaucoup en notre gouvernement actuel pour améliorer les choses.

 

Pour finir, parlons des couillons (pour ne pas dire plus) qui peuplent aussi le reste de la France. Un des jeunes tués avait un blog, laissé ouvert pour recueillir des condoléances. Ca été l'occasion pour une bande de trous de balle néo-nazis de pourrir cet endroit réservé au recueillement. Bravo...

 

Je ne pense pas que ces deux jeunes méritaient ça. Moushin et Larami, RIP.

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