Mettons les choses au point : taper une femme, c'est pas bien. L'avortement à l'opinel non plus. Le marquage
au fer à souder, même si vous êtes bricoleur, n'est pas non plus recommandé.
Mais se réjouir de la censure d'un artiste que l'on juge machiste, violent et mysogine, comme je viens d'entendre Ségolène Royal le faire, ce n'est pas non plus très responsable.
Objet du délit : un morceau du rappeur français Orelsan, intitulé sobrement
Sale Pute. Ledit jeune homme vient de se rendre compte de son cocufiage et exprime en termes crus mais sans
équivoque son courroux (comme on dit en Guyane) à l'intéressée et coupable.
Réfléchissons un petit peu. Tout le monde s'est déjà fait larguer: les hommes politiques, les chiennes de garde, les gens du MLF, les présidents socialistes de régions, les directeurs de
festival et les adjoints à la culture de la mairie de Paris. Même notre über-président s'est fait larguer, c'est dire. En général, quand ça arrive, le quidam moyen est pas vraiment content. Et se
laisse aller, pendant un temps, à une violence certes crue mais passagère (la deuxième phase étant le couplage canapé – cendrier – Led Zepellin – Jack Daniel's). Le crime d'Orelsan a été de
consacrer un clip à cette situation : le cocufié bourré qui rêve de passer son ex-douce dans un hachoir à bifteck haché 15% de matières grasses. Juste ça. Et qui n'a jamais caressé l'idée d'un
meurtre après une rupture malencontreuse et difficile?
Revenons sur le texte. Les mots sont crus. Violents. Explicites. C'est peut-être de mauvais goût. C'est surement de mauvais goût, d'ailleurs. Mais qu'importe? C'est un morceau de de musique. Pas
une prédication. Pas une charte. Le rappeur s'est mis dans la peau d'un personnage. Et plus important, il a associé un clip à ce morceau. Et à la vue de ce clip, on ne plus douter de la
distanciation qu'il y a entre le rappeur et son personnage. On est dans la mise en scène. Un mec déchiré qui fume une clope dans sa baignoire en buvant du whisky. Pas une seule image de violence.
Que de la colère avinée.
Tout comme pour une blague, on peut ne pas apprécier. Mais de là à tout ce qui est tombé sur la gueule du MC, il y a un pas. En vrac : déferlement de déclarations de responsables politiques et
d'associations et concerts annulés. La région Centre, bailleuse de fonds du Printemps de Bourges a fait pression pour qu'il soit déprogrammé, mais sans succès. Récemment, tous les albums ont été
retirés des bibliothèques de la ville de Paris, pour protèger la jeunesse de la violence de ce vilain artiste déviant. Précision utile : le morceau incriminée ne figure pas sur le premier album
d'Orelsan, et il ne la chante pas sur scène.

La dernière (ré)action en date est la déprogrammation d'Orelsan des Francofolies de la
Rochelle 2009, avec, semble-t-il, une intervention plus ou moins directe de la présidente de la région Poitou-Charentes, la charmante Ségolène Royal. Cette dernière était l'invitée d'une émission
de France Inter ce soir, à l'occasion justement de l'ouverture des Francos, et elle n'a pas manqué de justifier cette censure. Pour elle, Orelsan n'est pas un artiste, juste quelqu'un de mysogine
et violent, qui n'a pas le droit à l'expression. Partageant le plateau avec Jane Birkin et Alain Souchon, elle a précisé que c'était ça les artistes et la musique qu'elle souhaitait promouvoir.
Au moment ou j'éteignais le moteur de ma voiture, elle se félicitait dans un roulement de george dont elle a le secret des annulations multiples des dates de concert d'Orelsan.
Jane Birkin... Jane Birkin... Compagne de Serge Gainsbourg, non?? Elle aurait dit quoi, la Cruche charentaise, au moment de
Je vais et je viens et de
Lemon Incest? Elle aurait
crié au bafouement des valeurs traditionnelles et familiales??
Parce que si on veut vraiment faire la police des bonnes moeurs, on peut aussi s'intéresser aux vrais artistes. Pas seulement aux rappeurs, qui, on le sait déjà, sont de vilains petits canards.
Quid du
Bal des Lazes de Polnareff, du
Requiem pour un fou de Halliday?? Apologie de meurtre? On retire
Some Girls des bibliothèques parce que ça parle que de filles et
de fesses?
Sticky Fingers parle de drogues, hop, censuré? Brassens se moque d'un juge, des militaires, des gendarmes : censure? En ces temps où l'on enseigne dans nos écoles à
reconnaître les signes de la nation, certaines strophes de Renaud pourrait lui valoir l'ire de la Censure :
(dans
la médaille)
On peut aussi s'intéresser aux écrivains : on retire Sade (le marquis, pas la chanteuse) parce que le SM c'est pas bien? Et les comiques? Une blague antisémite, hop, au trou?? Elie Semoun, qui se
félicite dans un sketch (génial au demeurant) de l'achat d'un four allemand « parce qu'ils ont fait leurs preuves », censuré aussi??
Cette censure d'Orelsan est absurde. On ne va pas revenir aux années 60, où Hara-Kiri et Charlie-Hebdo était censuré parce qu'ils avaient juste le tort de ne pas plaire au pouvoir. Le morceau
d'Orelsan n'a pas fait l'objet de plaintes ou d'une quelconque décision de justice. Laissons le tranquille faire son métier. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas. Qu'on laisse les gens décider par
eux-mêmes de l'intérêt qu'on doit porter à cet artiste. Parce quoi qu'ils en disent, ses pourfendeurs lui font une sacré pub...
Edit : l'
avis de Foulquier sur le sujet, et rappel des mêmes polémiques avec NTM il y
a quelques années...
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